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    Urgence Népal    
Tragédie en Himalaya : au Népal, les politiques jouent leur «Game of Thrones», mais l'hiver arrive
05-11-2015

Voilà un article qui constitue un excellent résumé de la triste situation dans laquelle est actuellement le Népal. En plus des tremblements de terre, les népalais doivent subir l'orgueil des hommes politiques et leur incapacité à faire face à la situation: pas très réjouissant!!!
Cette situation empêche les ONG d'agir et tout spécialement, de protéger les populations avant l'arrivée de l'hiver et d'entamer la phase de reconstruction. C'est notamment notre cas en ce qui concerne la distribution des vêtements arrivés en frêt aérien fin octobre mais aussi le lancement d'un projet de reconstruction d'école.

"Plus de six mois après le séisme qui a dévasté le Népal, le gouvernement népalais n'a pas encore commencé le versement des 4,1 milliards de $US de l'aide internationale, et le froid s’installe."

KATMANDOU, Népal – j’étais là à Katmandou lorsque le séisme a frappé le 25 Avril 2015, il y a un peu plus de six mois, et je peux témoigner de la résilience instantanée de la population – de l'engagement civique des gens de tous les horizons – des jeunes comme des vieux, des riches et des pauvres, retroussant leurs manches dans un effort commun pour enlever les décombres des victimes piégées. Il n’y avait aucune motivation politique ce jour-là. Dans les rues dévastées de la capitale, il n'y avait que des Népalais anonymes qui tentaient de soulager les souffrances de leurs compatriotes népalais anonymes.
En dépit de l'horreur, j’étais fier de vivre ce moment d’humanité dans ses plus belles heures. Mais l'histoire depuis n'a pas été aussi édifiante. En fait, elle a été honteuse.
En avril dernier, au moment où la nouvelle du tremblement de terre est tombée, les gouvernements, les institutions et les individus partout dans le monde se précipitèrent au secours du Népal, soit par des efforts de secours directs ou par des dons. En fin de compte, la communauté internationale – publique et privée – a promis plus de 4,1 milliards de dollars pour mettre en œuvre les secours et la reconstruction.
Chaque centime était nécessaire: le Népal est l’un des pays les plus pauvres au monde. Et en plus du tremblement de terre de magnitude 7,6 en avril, un second séisme de 7,3 a frappé le Népal le 12 mai. La dévastation résultante des 2 séismes a entraîné près de 9.000 morts, beaucoup plus encore de milliers de blessés, et un tiers de la population environ du Népal – huit millions de personnes ayant leur vie perturbée gravement d'une manière ou d'une autre. – On estime que 850.000 maisons ont été détruites ou gravement endommagées. Dans certains quartiers, plus de 90% des bâtiments ont été aplati.
Dans la foulée, la réponse de l'armée népalaise à la crise a été particulièrement remarquable, éclipsant les efforts du gouvernement civil pour assurer le leadership. Les armées des autres nations ont uni leurs forces sous la supervision de l'opération de secours montée par l’armée népalaise "Sankat Mochan." L'armée indienne a joué le rôle international le plus important. L'Organisation des Nations Unies et d'autres organisations non gouvernementales majeures sont rentrées en action, aidant à prendre le relais laissé par une administration politique apparemment sans direction.
En juin, enfin, le gouvernement a proposé un projet de loi qui devait permettre d'établir une Autorité de Reconstruction Nationale (ARN), un corps prévu pour gérer l’utilisation des 4.1 milliards de $US qui avaient afflué des sympathisants internationaux.

Et puis, rien ne s’est passé.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’ARN n’est toujours pas opérationnelle aujourd’hui, et les 4,1 milliards de $US n’ont toujours pas été distribués.
Lorsque cela a éclaté en plein jour, les bailleurs de fonds ont exprimé leur indignation et le gouvernement, s’excusant, a expliqué qu'il y avait eu un «oubli parlementaire»: Il y avait une limite de temps pour voter le projet de loi et le gouvernement avait tout simplement oublié de l'adopter, permettant ainsi, par conséquent, à la date limite de l’ARN d’être dépassée.
Les analystes ne sont pas tous d’accord. La raison pour laquelle l'Autorité de Reconstruction Nationale a été «oublié» était parce que les leaders de l'Assemblée Constituante (AC), avaient mis leurs priorités ailleurs. Contre vents et marées ou même tremblements de terre, ils voulaient rester concentrés sur la responsabilité première de l’AC, c’est-à-dire l'achèvement de la nouvelle constitution.
Il y a une ironie là-dedans: pendant près de huit ans, l’AC a traîné des pieds et s’est laissé distraire par le marchandage inter-politique, omettant ainsi de rédiger une nouvelle charte. Mais au début de 2015, l'achèvement de la constitution est devenu prioritaire et les politiciens ont soudainement mis le focus sur l’obtention et l’adoption d’un projet. Ceci fait, un nouveau gouvernement pourrait être immédiatement formé, permettant ainsi de décider de ce qu'il faut faire à propos du tremblement de terre et de tenir les rênes des dépenses de l’ARN.
Le mois dernier, j’ai interviewé le chef nommé à l’origine de l’ARN, Govinda Raj Pokharel. Sa frustration était évidente. Les membres du Parlement "ne peuvent pas toujours accuser le gouvernement, parce qu'ils sont aussi responsables. Toujours blâmer quelqu'un d'autre est notre plus grand défi et apportera le chaos, "dit tristement Pokharel. "Toute cette société brisée – beaucoup de femmes célibataires, des orphelins et beaucoup d'autres– de nombreuses activités illicites peuvent voir le jour, ce qui peut déstabiliser notre système rural. Les gens migrent et il y aura moins de production dans les zones rurales. Ce sera le côté négatif de ne pas correctement gérer les activités de reconstruction ".
À compter d'aujourd'hui, Pokharel reste dans l’expectative quant à l'état de son travail. Dans la deuxième semaine d'octobre, le leadership de l'ancien Parti du Congrès népalais a été sabordé et un nouveau gouvernement a été installé, dirigé par un nouveau Premier ministre, KP Sharma Oli. Oli est le président du Parti communiste du Népal (marxiste-léniniste) et il semble probable que quelqu'un de son parti remplacera Pokharel. En politique népalaise, la continuité joue toujours les seconds violons concentrant les efforts pour mieux consolider les assises d'un parti.
En résumé: en raison de la préoccupation de l’AC à l'achèvement de l'écriture de la constitution, la catastrophe du tremblement de terre a été maintenu en veilleuse. Les fonds destinés à la reconstruction ont été gelés depuis le début et, pire encore, restent gelés à ce jour.
Les gens qui ont perdu leurs maisons ont reçu un peu d'aide au travers d’un premier versement du gouvernement de 150$ par ménage. On leur avait promis 2000$, mais jusqu'à ce que le statut légitime de l'ANR soit établi, pas de fonds supplémentaires ne peuvent sortir.
De même, en raison du fiasco de l’ARN, les normes de construction pour les nouveaux bâtiments ont mis du temps pour être publiées, créant une augmentation de la frustration pour ceux, y compris les ONG, qui voudrait se lancer dans une nouvelle construction avant l'arrivée de l'hiver. En l'absence de lignes directrices claires, personne ne sait vraiment à quoi va ressembler le soutien du gouvernement pour la reconstruction. Pour ne donner qu'un exemple, le mois dernier, une importante ONG indienne a abandonné ses plans de construction de 100 postes de santé parce que le gouvernement du Népal insistait sur des demandes "somptueuses" incluant des planchers de marbre et des surfaces de travail en granit. Quelqu'un dans la bureaucratie essayait de devenir riche dans la plus stricte confidentialité.

Pourquoi le gouvernement du Népal a-t-il mis de côté les efforts de secours suite au tremblement de terre en faveur de la promulgation d'une nouvelle constitution? La réponse nécessite un certain retour en arrière historique.
À la fin du conflit de 10 ans avec les maoïstes, l'accord de paix global de 2006 a été signé, mettant en avant des réformes sociales, et donnant ainsi un grand clin d'œil aux groupes minoritaires – particulièrement les Madhesis et les Tharus dans le sud, qui constituent environ 40% de la population népalaise. En 2008, le gouvernement provisoire a approuvé un accord en huit points avec les minorités ethniques, en acceptant leurs demandes d'une représentation accrue grâce à une structure fédérale avec des régions autonomes – même si personne ne savait à quoi pourraient ressembler ces Etats fédéraux sur une carte.
Puis, après les élections historiques de 2008 dans lequel le mouvement maoïstes a prévalu, l'Assemblée Constituante a déclaré le Népal comme étant une république démocratique fédérale. La monarchie a été abolie. Une nouvelle charte devait être rédigée et promulguée dans les deux ans. C’était le mandat. Pendant ces deux années, l’AC devait arriver à une entente quant à la façon dont le «fédéralisme» au Népal serait défini.
En tant que ministre du Commerce et des approvisionnements, Sunil Bahadur Thapa m'a dit dans une récente interview, que l’AC avait dérivé presque immédiatement, loin d'un véritable processus démocratique: "Cela a mal tourné après les élections de 2008," a t-il dit. "Bien sûr les maoïstes avaient les pleins pouvoirs à l’AC. Aucun doute là-dessus. Mais je parle de tous les grands partis politiques. Les chefs de partis n’ont pas fait confiance à leurs propres députés ou membres de l'AC, lorsque qu’a commencé la rédaction d'une nouvelle constitution. Tout le processus de décision a eu lieu en dehors de l’AC. La formulation d'une nouvelle constitution a eu lieu dans des résidences privées. Si je me souviens bien, il n'y avait que 16 à 20 personnes qui ont été vraiment impliquées dans la rédaction de la constitution et ce, en dehors des 601 membres de l'AC. Parmi ces 16 à 20 personnes, seulement 10 étaient élues membres de l’AC. Les autres étaient des gens qui avaient été défaits aux élections. Ce fut l'une des grandes erreurs que les partis politiques ont faites. Pour aggraver les choses, les problèmes pour lesquels les gens du sud combattaient ne furent jamais introduits dans les discussions de l’AC".

Avance rapide jusqu'en 2015.
Les tremblements de terre ont mis le Népal sous les lumières internationales. Dans un sens, le pays comptait deux grands sujets à traiter. Un fut créé par Mère Nature. L'autre créé par l'homme, et conduit par les chefs des trois principaux partis politiques, découpant le pays en Etats fédéraux.
La communauté internationale (sauf la Chine, qui a gardé le silence) a conseillé aux dirigeants de ralentir un peu, de prendre plus de temps et de repenser la manière dont ils avaient délimité les frontières des États fédéraux – en particulier autour des communautés traditionnellement marginalisées dans le sud.
Les leaders politiques du Népal ont crié "au scandale" et ont averti la communauté internationale, – en particulier l'Inde, qui a de longue date, la réputation d'être un voisin envahissant du Népal (à juste titre)– de rester en dehors des affaires internes du Népal. Les chefs de parti, jouant avec succès la carte nationaliste, marchaient la tête haute jusqu’à arriver en force à la promulgation du 20 Septembre.
Puis vint la réponse, prévisible et prévue. Les groupes minoritaires du sud se sont sentis trahis et ont riposté à la structure du pouvoir central de Katmandou. Ils ont bloqué les passages frontaliers indiens, et ont empêché les articles principaux – les produits pétroliers étant les plus importants – de pénétrer à l’intérieur du Népal, pays enclavé.
L’Inde versait du sel sur la plaie en demandant à ses forces de sécurité aux frontières de retenir les camions qui tentaient de rentrer au Népal. Le blocus indien n’était et n’est pas "officiel", selon l'Inde. New Delhi affirme qu'il est seulement préoccupé par la sécurité des camions entrant au Népal à partir de son côté de la frontière.
La grande majorité des Népalais trouve l'explication de l'Inde ridicule et insultante vis-à-vis des népalais qui ont tout perdu lors des tremblements de terre – et qui continuent silencieusement à subsister dans des habitations de fortune.
L'été est la saison de la mousson au Népal. Cette année, les pluies torrentielles ont emporté les routes cruciales, qui, à leur tour, ont empêché les opérations de secours d'atteindre les zones reculées (et même parfois pas si éloignées) les plus durement touchées par les tremblements de terre qui ont frappé à la fin du printemps. Il n’était pas question d'être en mesure de construire de nouveaux bâtiments pendant la mousson. Tout au plus pouvait-on, jusqu'en septembre, distribuer des bâches et des tôles ondulées en métal pour repousser les pluies.
Mais juste au moment où le ciel commençait à se dégager, les blocages ont été imposés, éliminant ainsi la capacité des véhicules à livrer le carburant, les fournitures et matériaux de construction dans les régions dévastées. En conséquence, les chances d’aider les victimes des tremblements de terre avant le début de l'hiver diminuaient de jour en jour. Sans carburant, plus de 80.000 familles dans le besoin urgent d'abris durables et de nombreux produits d’urgence se demandent encore comment elles vont survivre à la période froide qui est imminente.
La pénurie de carburant s’est étendue à tous les secteurs. Le gouvernement a imposé des limites strictes sur la quantité d'essence que les népalais peuvent acheter à tout moment. Les files d'attente remontent sur des kilomètres. Le prix du carburant a grimpé en flèche et le marché noir est florissant. Certaines personnes ont rapporté que l'achat d'essence était monté à plus de dix fois le prix régulier. De même, le gaz de cuisine est tout aussi indisponible, incitant même des familles bien nanties de recourir à des poêles à bois. En conséquence, dans certaines régions, les forêts protégées sont coupés pour le bois de chauffage.
Les prix des aliments sont devenus follement gonflé, dans certains cas, à plus de 100%. Les fournitures médicales sont en cours de rupture dans les hôpitaux. Les ambulances ne peuvent plus fonctionner. Les écoles ont été fermées. Les entreprises ont fermé leurs portes. Les services Internet, qui nécessitent des générateurs pendant les heures de partage de charge, menacent d'arrêter de fonctionner. Les prix des matériaux de construction ont grimpé en flèche.
Le tourisme, qui représente un pourcentage significatif du PIB du Népal, s’est presque évaporé; La compagnie chinoise Eastern Airlines a annulé tous les vols à destination de Népal, invoquant l'indisponibilité de carburant d'aviation à l'aéroport de Katmandou, et les touristes chinois ont disparu. L'économie est saignée dans tous les sens du terme. C’est le souci numéro un du Népal.

Même si les barrages étaient levés demain et le carburant redevenu facilement accessible, même si le gouvernement avait rétabli l’ARN – deux scénarios très improbables – de nombreux experts disent qu'il est déjà trop tard pour "hivériser" les zones les plus reculées du Népal. La fenêtre avant l’arrivée de l'hiver au Népal est maintenant réduite à une ou deux semaines au plus.
Selon un communiqué publié le mois dernier par le Coordonnateur humanitaire des Nations Unies et résident au Népal, "Il est d'une importance critique de pouvoir livrer des fournitures aux endroits de fin de routes avant la fin octobre, quand le risque de blocage des cols himalayens augmentent avec les premières chutes de neige. "L'horloge tourne toujours.
Un stock de 1200 tonnes d’abris et d’articles non alimentaires est déjà coincé dans les entrepôts, incapable d'atteindre les communautés ciblées à la suite des tremblements de terre – en premier à cause de la mousson et maintenant à cause de la pénurie de carburant. Les récentes moussons ont réduit les possibilités de livraisons par route et par air aux régions éloignées. Avec l'hiver arrivant dans la prochaine quinzaine, ce sera une course même pour obtenir ces packages de secours préparés pour être livrés dans les villages avant la première grosse tempête de neige.
Les communautés dévastées ne savent que trop bien que le temps est compté pour elles. Elles ont survécu à la mousson, mais des températures en-dessous zéro et les cols de montagne bloqués par la neige seront beaucoup plus difficiles à vivre – en particulier pour les personnes âgées, les enfants et les femmes enceintes. Les maladies liées au froid sont inévitables. Les gens vont geler jusqu’à la mort au Népal cet hiver. La question est: combien? Les options de communication sont si limitées que nous ne pourrons pas vraiment savoir avant le printemps.
Pendant ce temps, l'agitation continue dans le sud, et les politiciens – à l’intérieur et à l'extérieur des frontières de la nation – se bousculent pour obtenir des victoires à court terme, les victimes des tremblements de terre sont rivés sur leur montre et surveillent la température extérieure.

L'hiver arrive. La mort est à venir.

02.11.2015. - Mikel Dunham pour le Daily Beast
Traduit de l’anglais par Marc Fouilleul

 
         
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